Sur un projet multilogement, vous partez du mandat du promoteur : qui est l'acheteur, ce qu'attend le marché et ce que permet le budget par unité. Vous élaborez des palettes de couleurs, souvent deux ou trois, par exemple une option claire et une option foncée, et vous sélectionnez les finis de chacune : revêtements de sol, ébénisterie, comptoirs, carrelage, quincaillerie, appareils de plomberie et éclairage. Vous rédigez un tableau des finis associé aux types d'unités, et vous concevez le hall d'entrée, les corridors et les espaces communs.
Vous travaillez de près avec l'architecte sur les hauteurs de plafond, les retombées, la position des fenêtres et l'emplacement possible de la cuisine, ainsi qu'avec les concepteurs en électricité et en mécanique sur l'emplacement des appareils. Avant un lancement de prévente, vos palettes deviennent des rendus, des planches d'échantillons et souvent une unité témoin. Les acheteurs choisissent une palette, et parfois des options, à partir de ce qu'ils voient.
Puis la construction commence. Un comptoir est discontinué, un carrelage a un long délai de livraison, un appareil fait l'objet d'une optimisation des coûts. Chaque substitution est petite, mais ensemble elles creusent un écart entre ce qu'on a montré aux acheteurs et ce qui est construit. Sur une maison sur mesure, la même chose se produit à plus petite échelle : des décisions prises avec le propriétaire sur des mois, par textos, courriels et visites de chantier.
Les designers qui évitent la plupart de ces problèmes ont une habitude en commun : le tableau des finis est la source unique, et chaque image, planche d'échantillons et unité témoin se rattache à une version de ce tableau. Quand un fini change, le tableau change d'abord, puis tout ce qui le montre. Cela semble évident. Cela échoue quand le tableau vit à un endroit et les images à cinq.